Une sélection de fonds atypiques pour passer la crise ou se repositionner

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Article paru dans le magazine n°: 831

La crise économique et financière liée au Covid-19 a balayé plusieurs mois de performances en quelques séances. Si les marchés se sont quelque peu relevés depuis, les dernières semaines ont laissé des traces. Pour autant, certains fonds ont su mieux traverser la crise que d’autres… Les investisseurs peuvent également saisir l’opportunité de cette baisse pour se repositionner sur les marchés actions à long terme.

Voici quelques stratégies de fonds atypiques, classées selon leur profil SRRI, de la moins risquée à la plus volatile, et elon un horizon d’investissement plus ou moins long.

Certains de ces fonds peuvent constituer des solutions d’attente pour les investisseurs, d’autres visent à capter les tendances de marché, à saisir les opportunités liées à des krachs, à investir de façon originale sur une zone géographique déterminée ou encore à miser de façon spécifique sur le potentiel de croissance des microcapitalisations boursières.

Capter les opportunités des opérations de fusion-acquisition

Lancé en 2005, Helium Funds est un fonds d’arbitrage de fusions-acquisitions prudent (SRRI 2), avec une volatilité cible inférieure à 2 % gérée par Syquant Capital (3 milliards d’euros d’encours à fin 2019). « Il s’agit d’une solution d’attente pour les investisseurs qui vient également diversifier la poche prudente d’un portefeuille. Si nos fonds sont historiquement distribués auprès des institutionnels, banquiers privés, family offices et fonds de fonds, nous devrions prochainement étoffer notre offre auprès des CGP car ce type de solution correspond également à leurs attentes », estime Julien Vanlerberghe, spécialiste produit chez Syquant Capital.

Le fonds se concentre sur les opérations les moins risquées, c’est-à-dire les opérations « amicales annoncées » qui ont le moins de chance d’être retoquées par les autorités antitrust ou par les actionnaires. « Sur les cent à cent cinquante opérations annoncées en cours, cinquante à soixante-dix sont intégrées au portefeuille et portées à terme, ce qui constitue 70 à 80 % de l’allocation. Et nous augmentons nos positions lorsque nous nous rapprochons du terme de l’opération, ce qui réduit le risque marché et la volatilité pour porter principalement du risque spécifique lié à l’opération. Cette diversification nous permet de diluer les risques. Sur les capitaux alloués à cette stratégie à l’intérieur du fonds, les gérants se focalisent sur des opérations offrant un rendement de l’ordre de 4 à 5 % brut en rythme annualisé. »

Sur les OPA, la société se positionne long de la cible pour obtenir le remboursement à terme. Sur les opérations d’échanges de titres, la société se positionne long sur la cible et short sur l’acquéreur. « Avec la baisse des valorisations, nous nous attendons à davantage d’opérations d’échanges de titres ».

Au final, le portefeuille dispose d’une exposition longue d’environ 30 %, mais « elle n’est pas de la même nature que pour un long short equity classique car elle n’embarque qu’un beta du marché qui reste limité. »

Une seconde poche complète la stratégie et repose sur les événements liés aux entreprises : augmentation de capital, entrée ou sortie d’un indice, cession d’actif ou encore restructuration. « Dans certains cas, le cours de l’entreprise peut se détacher temporairement de sa valorisation fondamentale. Par exemple, lors d’une augmentation du capital, nous pouvons jouer un retour à la moyenne, tout en nous positionnant vendeur sur le secteur de la valeur afin de réduire le risque marché du fonds. »

Des ajustements dans la crise

Dans le contexte de Covid-19, Julien Vanlerberghe observe « un stress inédit qui a conduit à un écartement des primes de risque jusqu’à 35 %, contre 5 % en moyenne, et des probabilités de réalisation des opérations en baisse, passant de 95 à 75 % au plus fort de la baisse. L’environnement laisse place à l’incertitude et à une baisse des valorisations des entreprises : les acquéreurs pourraient se désengager, même si sur le plan réglementaire ces retraits sont complexes. Cette amplitude s’explique également par la nécessité pour certains fonds de déboucler leurs positions alors qu’ils utilisaient le levier dans des proportions importantes. » Dès lors, l’équipe de gestion a profité du contexte pour monter quelques positions début avril.

Une stratégie « arbitrage sur dividende » a également été initiée pendant la baisse du marché. « Les futures dividendes sur Eurostoxx 50 ont touché un point bas durant la crise, expose Julien Vanlerberghe. Après avoir coté jusqu’à 63 points sur le contrat future dividende 2022 (exercice 2021), ils pourraient remonter d’autant plus que leur niveau est historiquement assez stable : entre 109 et 125 sur les dix dernières années, bien que 2020 se présente comme une exception après plusieurs annonces d’annulation ou de report de distribution de dividendes. »

« Dans les mois à venir, les entreprises pourraient réaliser des achats stratégiques. Nous nous attendons également à ce que les fonds de Private Equity qui regorgent de liquidité viennent chasser encore davantage sur le marché coté. » Dans la gamme, Syquant Capital compte également les fonds Helium Performance et Helium Selection dont les stratégies sont identiques, mais les profils de risque plus élevés (SRRI 3 et 4).

Un fonds qui chasse les opportunités lors des phases de capitulation des marchés

Au sein de sa gamme, la société de gestion Dôm Finance dispose d’un fonds mixte visant à profiter des fortes secousses de marché, Dôm Reflex (41 millions d’euros d’encours, SRRI 2). Son président, Vincent Priou, expose : « Ce fonds a été lancé en décembre 2015, son objectif est de profiter des journées extrêmes de sell off pour prendre position, puis d’écrêter ces positions au fur et à mesure des rebonds qui suivent systématiquement ces journées de capitulation. Ainsi, nous profitons du comportement de certains investisseurs, les mains faibles, qui vendent coûte que coûte, sans parvenir à tenir leurs positions dans les périodes de crise, puis qui alimentent les rebonds à la hausse. Alors qu’un gérant peut mettre deux à trois ans pour construire sa performance, celle-ci peut s’effacer en une semaine. Ces mouvements de marché, qu’on ne peut prédire, se répètent de plus en plus régulièrement : nous en avons identifié quarante-cinq sur les trente dernières années. » En période dite « normale », le fonds est investi sur de l’obligataire à court-moyen terme et, pour saisir les opportunités, la société utilise uniquement l’indice CAC 40 « car il s’agit de l’indice que nous maîtrisons le mieux, qui est liquide et qui est le plus lisible pour nos clients ».

Un taux d’exposition au marché actions passé de 50 à 7 % en quelques jours

Avec la période de stress que connaît le marché, l’équipe de gestion a construit des positions à partir de fortes baisses sur des niveaux du CAC à 5 000 points, puis à 4 600 et jusqu’à 3 650 points. Le taux d’exposition actions du fonds est passé de 0 %, à fin février, pour progresser jusqu’à 50 %, le 23 mars, et a ensuite été réduit progressivement pour atteindre 7 % le 15 avril dernier.

« A cette date, la performance du fonds était encore légèrement négative à – 0,71 %. Elle aurait été de – 3,5 % si nous étions restés sur l’obligataire. Les mois à venir vont être attractifs pour cette stratégie qui rayonne également sur les autres fonds de notre gamme, car la volatilité va continuer d’être élevée en raison des publications des sociétés qui ont débuté le 14 avril et les difficultés autour d’un accord sur la réduction de la production de pétrole. » Au 15 avril, la performance du fonds (cf. graphique ci-dessous) depuis le début de l’année était de – 0,71 % (pour la part C).

Un long-short sur les US

Quantology Absolute Return, tel est le nom de ce fonds de Quantology Capital Management, asset manager spécialisé sur les stratégies quantitatives et comportementales, qui performe durant la crise : + 4,18 % depuis le 1er janvier au 9 avril (source : Quantalys pour la part R). « Ces dernières semaines, le fonds a profité de la forte volatilité du marché », assure Vincent Fourcaut, gérant et président de la société de gestion.

Suivre les tendances post-publications

La stratégie de ce fonds long/short actions market neutral consiste à capturer de manière systématique les tendances post-publications de résultats des sociétés américaines. Sa performance repose sur l’exploitation des biais comportementaux des investisseurs selon les tendances post-publication des résultats : avoir une position longue sur les titres ayant réalisé une publication fortement positive et une position courte sur les valeurs ayant, au contraire, fortement déçu ; ce jusqu’à la prochaine publication. La totalité du portefeuille est revue chaque trimestre. Vincent Fourcaut expose : « Les marchés sont devenus encore plus court-termistes qu’avant, d’où notre volonté de créer des produits basés sur les comportements des investisseurs. Il s’agit également de ne pas s’opposer au marché, mais de le comprendre et de profiter de ses biais. Cette "intelligence collective" est la plus forte sur le marché américain car il est le plus gros, le plus liquide et le plus diversifié en termes d’intervenants. Dans nos recherches, qui nous ont valu d’obtenir le statut de Jeune entreprise innovante, nous avons pu constater qu’une publication, bonne ou mauvaise, est le point de départ d’une nouvelle dynamique boursière sur le trimestre suivant. En effet, le temps d’intervention des investisseurs varie d’un acteur à l’autre ; par exemple un institutionnel doit passer par son comité d’investissement avant d’agir et cela perpétue la tendance. Pour que nous prenions une position, il convient que le signal envoyé soit suffisamment fort, à un niveau selon si nous sommes dans un contexte de marché stressé ou non. Au trimestre dernier, notre système nous a orientés à l’achat vers des sociétés de qualité ayant réalisé de belles publications comme Amazon et Microsoft. A l’inverse, les positions short ont concerné des sociétés dont la qualité du business model est discutable depuis plusieurs années, comme Wayfair. »

Ce fonds (SRRI 3) qui compte 6 millions d’euros d’encours est référencé sur quelques plates-formes, notamment Nortia et Ageas Patrimoine, et devrait l’être prochainement chez Intencial Patrimoine et BNP Paribas Cardif.

L’an passé, le fonds a réalisé une performance de – 0,16 %, – 2,65 % en 2018 et + 7,11 % en 2017. « L’absence de volatilité sur les marchés, ainsi que la couverture systématique contre le risque de change nous avait pénalisés ces deux dernières années », précise le gérant.

Un long-short systématique

Le 27 janvier dernier, Chahine Capital, société de gestion spécialisée en gestion quantitative momentum actions, lançait le fonds Digital Market Neutral Europe. Stéphane Lévy, stratégiste-responsable de l’innovation et gérant du fonds, annonce que « L’objectif du fonds est de créer de la valeur, quelles que soient les conditions de marché via l’alpha généré par l’association de positions long et short. Ce fonds offre une bonne diversification alors que les investisseurs craignent les marchés actions et que les marchés obligataires délivrent des rendements réels négatifs. »

Une exposition neutre au beta du marché

Le fonds Digital Market Neutral Europe construit des positions pour avoir une position nulle au beta du marché, avec un basculement du portefeuille chaque mois. Deux moteurs de performance sont associés :

- une allocation top-down sectorielle permettant de se positionner sur sept secteurs à l’achat et sept autres à la vente. Cette poche repose sur un modèle permettant d’identifier l’attractivité mensuelle des secteurs selon des critères macroéconomiques, de valorisation, dynamique monétaire et comportementale. La mise en oeuvre s’opère via des futures listés indices sectoriels Stoxx 600 ;

- une allocation bottom-up de stock-picking avec des paires constituées sur chacun des dix-neuf secteurs composant la nomenclature des indices Stoxx.

Au total, le fonds compte deux cent soixante positions déployées de manière systématique.

Néanmoins, le fonds se heurte actuellement à l’interdiction des positions courtes nettes et de toute augmentation d’une position courte nette existante prononcée par l’AMF le 17 mars dernier et qui a été étendue le 15 avril jusqu’au 18 mai prochain. « Cette mesure s’applique sur d’autres marchés, comme l’Espagne, la Belgique ou l’Italie. Pour remédier à cette interdiction, nous avons conservé les positions existantes, mais aussi désinvesti le fonds… Si nous pouvons comprendre cette position, pour des solutions market neutral comme la nôtre, cela n’a pas de sens car nos positions long et short se compensent et ne pèsent pas sur la direction du marché »

Au 31 mars, le fonds affichait une performance depuis sa création (en date du 27 janvier) de – 1,8 %. Digital Market Neutral Europe affichait, dès son lancement, 20 millions d’euros d’actifs sous gestion.

Un CTA aux belles performances

Depuis le début de l’année, le CTA de John Locke Investments Cyril Systematic a délivré une performance de 8,92 % au 9 avril dernier (pour la part P – source Quantalys). Ce fonds aujourd’hui doté de 33 millions d’euros d’encours avait été particulièrement souscrit pendant les années 2008–2009 pour atteindre un encours de 850 millions d’euros.

Benoît Quernin, directeur du développement de la société de gestion, expose : « Il s’agit de notre flagship. Le process de gestion de ce fonds systématique est multidirectionnel et repose ainsi sur des positions vendeuses et/ou acheteuses sur les marchés de taux, actions et de devises pour un tiers du portefeuille chacun, via une quarantaine de contrats futures (les plus liquides) sur l’Europe, les Etats-Unis et la zone Asie-Pacifique. Nous appliquons des stratégies de suivi des tendances et nous les répartissons selon une approche de corrélation dynamique des risques qui maximise la diversification. »

Le fonds est totalement agnostique, quant à la tendance des marchés à venir. Différents signaux viennent identifier ces tendances de marché : l’expansion de la volatilité, les évolutions des moyennes mobiles, des cassures de marché. La société s’appuie également sur des concepts physiciens pour l’aider à être plus précis et plus réactif.

Une des spécificités de ce fonds est qu’au lieu de travailler sur plusieurs horizons temporels, démultipliant ainsi les approches de captation de tendances, il combine les horizons temporels et les modèles en un seul système qui déclenche un signal de trading capable de fonctionner entre cinq jours et deux ans. « Nous utilisons une approche générique qui calcule le coût de la négociation, le rendement attendu et les compare pour prendre une décision d’entrer ou non dans le trade », précise Benoît Quernin.

Se prémunir contre les recorrélations des actifs

Le fonds John Locke Investments Cyril Systematic a vu son process de gestion évoluer en 2014. « Les grandes classes d’actifs sont aujourd’hui davantage corrélées entre elles, comme cela est le cas actuellement. Tous les actifs se sont globalisés et sont désormais tirés par les nouvelles concernant le prochain Quantitative Easing, le niveau de l’inflation, les inscriptions au chômage, ou bien encore par les craintes d’un Brexit ou d’une expansion pandémique, comme nous la vivons actuellement avec le Covid-19. Finalement, le marché se focalise sur un ou deux thèmes, et les instruments se comportent plus ou moins de la même manière. Avec une corrélation moyenne entre actifs passée de 0,35 à 0,65 depuis 2006, nous avons dû faire évoluer notre process de gestion pour rechercher de nouvelles classes d’actifs décorrélés, ajoute Benoît Quernin. Il est donc devenu important de trouver les instruments qui ne suivent pas ces thèmes, car les tendances n’ont pas disparu, mais la diversification si. Aussi, nous avons intégré des marchés synthétiques (ou composites) pour diversifier davantage le portefeuille. »

Les composites auxquels Benoît Quernin fait référence sont des groupes de marchés qui représentent un thème qui peut être traité en tant que marché unique. John Locke Investments négocie quarante des marchés à terme les plus diversifiés et donc cent-dix marchés composites propriétaires supplémentaires. Par exemple, John Locke a créé des composites, tels que le « Transatlantic Spread », qui est une mesure de la performance du marché boursier américain par rapport aux marchés européens. Il s’agit d’une position longue sur l’indice S&P 500 contre une position short sur l’indice Stoxx Europe 600. « Dans ce cas, l’investisseur capte un spread qui représente la tendance selon laquelle l’économie US est plus robuste que celle européenne, dans un contexte de marché haussier, mais également baissier », estime Benoît Quernin. D’autres indices synthétiques existent, combinant parfois des indices actions avec des taux et des devises… « Toutes les compositions sont possibles à partir du moment où elles ont une justification économique. Ces stratégies sont hyper-liquides car fondées uniquement sur des contrats futures les plus liquides. »

Actuellement, le fonds est positionné de manière globalement neutre sur les marchés actions (après avoir été acheteur durant plusieurs années jusqu’à fin février 2020). Sur le marché obligataire, il a généré de la performance grâce à des positions short sur les taux US et européens. Enfin, avec des positions longues sur le dollar contre les autres monnaies, la poche devise a également été une importante source de performance.

Depuis quelques mois, les investisseurs portent davantage d’intérêt à ce fonds grâce à ses performances. Il s’agit d’une solution de fond de portefeuille particulièrement décorrélante, notamment lorsque tous les marchés traditionnels sont orientés à la baisse, mais pas uniquement.

Un fonds microcap global et ultra-diversifié

Créé en juillet 2016, Mandarine Global Microcap est un des rares fonds de petites capitalisations exposé à l’international (actuellement jusqu’à 700 millions d’euros de capitalisation boursière, et capitalisation médiane d’environ 300 millions d’euros), avec quelques valeurs émergentes, notamment in-diennes ou sud-coréennes. « Il s’agit d’un fonds qui vise des valeurs de croissance à prix raison-nable. Sans biais de style croissance ou value, il s’appuie sur une approche "quantamentale", c’est-à-dire associant des techni- ques quantitatives et fondamentales », confie Augustin Lecoq, gérant du fonds chez Mandarine Gestion.

En effet, pour opérer dans un univers de plus de vingt-deux mille valeurs dans le monde, la sélection de valeur repose, tout d’abord, sur le modèle quantitatif propriétaire de Mandarine Gestion qui permet de filtrer les valeurs selon différents critères : croissance, valorisation, orientation du cours de Bourse, consensus du marché (positif ou en amélioration ; avec au moins un analyste suivant la valeur), qualité… L’équipe de gestion s’appuie également sur un modèle de Credit suisse qui apporte une vision complémentaire.

Sur cet univers particulier des microcaps, un filtre de liquidité est également intégré : pour intégrer le portefeuille, le volume traité quotidiennement sur le titre doit être d’au moins 250 000 euros sur les trois derniers mois.

S’exposer à la croissance mondiale

Pour constituer le portefeuille, l’équipe de gestion tente de limiter au maximum les biais sectoriels ou géographiques par rapport à son indice, l’idée étant plutôt de chercher les meilleurs profils dans chaque secteur et pays. Environ trois cent trente lignes composent le portefeuille afin de diversifier les risques et s’assurer de la liquidité du portefeuille (par exemple, plus de quatre-vingt-cinq valeurs japonaises sont présentes dans le fonds). « Cela peut sembler élevé, mais le taux de conviction du fonds (active share) est de 90 %, c’est-à-dire que 90 % des valeurs en portefeuille ne sont pas présentes dans notre indice de référence ou alors avec un poids très nettement inférieur. Cela permet également de ne pas être bloqué en termes de capacité de gestion, comme cela a pu être le cas pour des fonds small caps européens ou français. Nous estimons, en effet, que nous pourrions gérer plus d’un milliard d’encours. Ainsi, nous profitons de la plus forte croissance de ces valeurs, avec souvent des champions locaux ou mondiaux sur des marchés de niche. Cette grande diversification nous permet, en outre, de profiter de la plus forte décorrélation de ces titres entre eux, de se prémunir des gros accidents de parcours qui peuvent intervenir, et ainsi de nous exposer à un univers au final moins volatil que les grandes capitalisations. »

Les valeurs en portefeuille peuvent être conservées sur le long terme, mais les titres dont la capitalisation boursière dépasse les 2 milliards d’euros sont cédés. « Même si le fonds comprend plus de trois cents valeurs, cela n’est pas forcément plus difficile à gérer car il s’agit de business models purs et de niche, et le flot d’informations quotidien de chaque société est bien moins important que pour les grandes capitalisations. En cas de mauvaise nouvelle sur un titre, nous n’attendons pas d’entrer dans un cercle vicieux et préférons céder la valeur si cela peut remettre en cause l’histoire. » Le fonds peut également bénéficier des opérations sur titres avec déjà plus de trente OPA depuis sa création.

Avec la crise du Covid-19, les gérants ont décidé d’alléger les sociétés endettées ou directement impactées, et se sont plutôt orientés vers des valeurs au business model plus visibles dans ce contexte (vidéo-conférences, jeux vidéo, tests médicaux, etc.). Par exemple, des positions ont été créées ou renforcées dans Tristel (une société qui conçoit des productions de désinfection pour les hôpitaux), Taiko Pharmaceutical (qui produit une solution tuant des virus en milieu clos) ou encore Sedana Medical (anesthésiant par voie orale utilisé dans les unités de soins intensifs).

Avec environ 40 millions d’euros d’encours, ce fonds s’adresse aux investisseurs à long terme qui cherchent à capter la surperformance des microcaps sur le long terme. « Nous conseillons d’investir de façon lissée afin de limiter les à-coups de marché. »

Conjuguer la solidité de l’actionnariat avec les caractéristiques des actions nordiques

Avec Norden Family, Lazard Frères Gestion a complété sa gamme de fonds actions nordiques (Suède, Norvège, Danemark et Finlande) en 2018 d’une solution spécifique sur les valeurs de toutes tailles de capitalisation ayant un actionnariat familial ou une fondation. « Nous nous sommes aperçus que ces entreprises avaient un parcours boursier meilleur sur le long terme. Des études le prouvent, comme notamment celle de Credit suisse. Ces actionnaires de long terme aident les managements à prendre les bonnes décisions », explique Thomas Brenier, gérant actions nordiques depuis 2008.

Pour être éligibles, les valeurs doivent avoir un actionnaire ou groupe d’actionnaire disposant d’au moins 15 % du capital ou 25 % des droits de vote. « Il s’agit d’acteurs qui ont une réelle influence, qui siègent au conseil d’administration et qui sont présents depuis longtemps dans la société et pour encore longtemps. Ils aident ainsi à réfléchir à des stratégies de long terme. »

Concentré sur une quarantaine de valeurs

L’univers d’investissement se compose de quatre-vingts à cent valeurs, pour un portefeuille concentré autour d’une petite quarantaine de lignes. Le process de gestion est ensuite semblable aux autres fonds Norden et Norden Small : l’équipe de gestion recherche des valeurs de qualité, rentables, peu endettées et en croissance, tout en s’écartant des dossiers survalorisés. « L’entreprise est souvent l’actif principal de la famille, ce qui explique qu’elle est généralement peu endettée afin de traverser les crises. Elles ont aussi accès plus facilement au financement bancaire. Sur leur business, ce type d’entreprise rassure la clientèle et les employés. L’image de ces entreprises est souvent bonne. Nous apprécions cette dimension humaine, voire sociale qui ajoute un plus. »

Durant la crise du Covid-19, le marché nordique affiche une meilleure résistance. « Cela s’explique par un facteur technique : les banques sont moins présentes dans les indices et celles de ces pays sont souvent considérées comme des acteurs refuge dans ce secteur, car plus solides. Par ailleurs, ces quatre pays sont moins touchés par la pandémie : l’impact sur le PIB sera donc plus faible et, grâce au faible endettement de ces Etats, les moyens sont assurés pour la mise en place de plans de relance. »

Sur le fonds, les gérants ont tout d’abord réduit leur exposition aux valeurs les plus endettées pour se renforcer sur les valeurs les plus qualitatives et les moins sensibles au cycle économique. « Sur les dix-huit derniers mois, nous avons travaillé à la réduction de la sensibilité au cycle économique de nos portefeuilles », note Thomas Brenier.

Avec la hausse qui a suivi la chute des marchés en mars, des plus-values ont été cristallisées pour constituer une poche de cash de 6 %.

 

 

Sur le marché des CGP, Schroders distribue un fonds de Private Equity à liquidité trimestrielle accessible dès 50 000 euros, Schroders GAIA II Private Equity Specialist.

Ugo Cezar, responsable commercial distribution France, nous expose les caractéristiques de cette solution : « Au sein de notre Sicav GAIA II, ce fonds s’appuie sur notre équipe de spécialistes du Private Equity, Schroder Adveq. Il s’agit d’une solution en capital-investissement, très décorrélante dans un portefeuille et très diversifiée sur le plan géographique, contrairement aux produits distribués sur le marché qui sont généralement européens, voire franco-français. Ainsi, l’investisseur peut aussi bénéficier de la performance des actifs des marchés américains, asiatiques et émergents. L’équipe de gestion, présente dans le monde entier, déploie ses actifs de façon progressive et peut saisir des opportunités de marché, comme cela a pu être le cas lors de crise de 2008. Ces investissements sont réalisés en direct ou conjointement avec d’autres asset managers dans des secteurs très variés. Dans le passé, l’équipe a pu investir dans de grands noms, tels que Facebook, Alibaba et Google ou encore Lululemon, Domino’s Pizza et Aston Martin. Toutefois, ce type de solution s’adresse à une clientèle avertie qui doit être accompagnée par son CGP. Les entreprises visées sont soit positionnées de manière attractive pour un acheteur stratégique, soit proches de valeurs cotées pour apporter de la liquidité au fonds. Néanmoins, les gérants privilégient les valeurs de plus petite taille, car c’est sur celles-ci que le potentiel est le plus élevé. »

Le fonds, qui vise un objectif de performance annualisée compris entre 8 et 12 %, est accessible en compte-titres ou par l’assurance-vie luxembourgeoise, et des discussions sont ouvertes pour son référencement chez quelques assureurs français. Il pèse aujourd’hui 100 millions d’euros, dont 18 millions d’euros apportés par Schroders qui peut potentiellement atteindre 30 millions d’euros. Une ligne de crédit pouvant atteindre 30 % de la VL est à disposition pour éviter des ventes forcées d’actifs en cas de demandes de rachats dans des marchés en forte tension.

Notons que Schroders propose aussi Schroder GAIA Cat Bond (1,4 milliard d’encours), un fonds de titrisation du risque de catastrophes naturelles, notamment aux Etats-Unis (ouragans, typhons, etc.). « Cette solution est ultra-diversifiante car totalement décorrélée des marchés actions et de taux. Il s’agit de porter les risques à la place des assureurs et de percevoir les primes versées par les assurés. Le fonds est géré par une équipe d’actuaires et de climatologues ». Il dispose d’une liquidité bimensuelle et est accessible à partir de 100 000 euros.

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